Par Lucien Christe

Isaac Pante s’est fait connaître en 2005, année qui l’a vu publier son témoignage « Passé par les armes », ainsi que deux nouvelles dont l’une lauréate du Grand-Prix Femina-Cartier. Sept ans plus tard, le Montheysan nous revient avec un polar dont l’intrigue se déroule en valais : « Je connais tes œuvres ». une trame bien enlevée sur fond psychologique 46 littéraire aussi sombre que convaincant.

« C’est vrai depuis cette année 2005 particulièrement dense, je n’ai plus rien publié jusqu’à aujourd’hui », explique Isaac Pante. Alors exclusivement passionné par la philosophie, le Montheysan confesse avoir dû se forger une culture littéraire.  « Je voulais être à la hauteur des réactions positives suscitées par mes premiers textes: il m’a fallu prendre le temps de trouver mes références. » Parallèlement, Isaac Pante poursuit ses études, obtient une licence ès Lettres (philosophie, linguistique, informatique), se lance dans une thèse et assume différente fs fonctions au sein de l’Université de Lausanne (chargé de cours, coordinateur académique…). Avec ces années, il prend un peu ses distances avec la philosophie, affine ses goûts littéraires et découvre avec enthousiasme la littérature américaine ainsi que son rapport particulier à l’écriture.

Le polar pour un « retour aux affaires » réussi

« Aujourd’hui, j’ai atteint une certaine maturité par rapport au matériau textuel », souligne l’écrivain. le style du polar, plus décomplexé, offre à Isaac Pante une liberté langagière bienvenue. « Depuis des années, je conçois des scénarios pour des jeux de rôles, je me suis simplement dit : « Fais ce que tu aimes… » ça m’a permis de diminuer la tension cognitive. » En guise d’hommage, le Montheysan choisit de développer son intrigue en valais mais laisse planer le mystère en écho aux faux-semblants qui truffent son livre. Sion et Savatan sont ainsi mentionnées, on déduit l’existence de St-Maurice mais le district – Sartan – et le village – Verney – sont imagés… de n ombreux nom de gargotes et le caractère typique des personnages résonnent également comme un hommage au Vieux-pays.

L’ombre de Jacques Chessex…

L’une des sources de ce livre est à trouver dans la nouvelle Un Juif pour l’exemple (Grasset, 2009) de l’écrivain vaudois Jacques Chessex. « Je dois avouer avoir été scandalisé par la récupération de cette sombre histoire à des fins mercantiles », appuie Isaac Pante. « Voir Chessex, dans une posture de mater dolorosa, lancer une grande foire culpabilisatrice contre Payerne pour une histoire vieille de 70 ans m’est alors apparu comme une prostitution de la morale très négative. » C’est donc à la croisée de la recherche du plaisir littéraire et du mécontentement causé par le texte de Chessex qu’est né le très réussi Je connais tes œuvres. De bout en bout, comme un fil rouge en filigrane de l’intrigue, des références littéraires ponctuent le récit. Certes nombreuses mais toujours cohérentes, elles donnent à ce premier polar – qui pourrait en appeler d’autres – une double dimension qui honore le genre. A découvrir…

 Je connais tes œuvres d’Isaac Pante, Editions G d’Encre, 2012, ISBN 9782940501021, CHF 26.-

in Le Vendredi, le 15 juin 2012

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