In L’impartial du 23 mai 2012, par Daniel Droz

L'écriture est, selon Francis Kaufmann, la "drogue" des octogénaires. "Peut-être un peu trop." ARCHIVES RICHARD LEUENBERGER
Avec « Emerveillez-vous! », Francis Kaufmann veut redonner quelques chances aux aspects positifs de la vie. Son ouvrage est un complément optimiste à « Indignez-vous! ».
Même format, quasiment même nombre de pages, la couverture, le contenu et, bien sûr, l’auteur ne sont pas les mêmes. « Emerveillez-vous! » lance le Chaux-de-Fonnier Francis Kaufmann. Comme un écho différent à Stéphane Hessel et son désormais célèbre « Indignez-vous! » (lire ci-dessous). Tout en félicitant le travail de ce dernier, l’ancien agriculteur a voulu « redonner quelques chances aux beaux côtés de l’existence » , écrit-il en préambule .
Dans sa maison du Bas-Monsieur – « on l’a pratiquement construite nous-mêmes » -, Francis Kaufmann montre l’escalier qui mène au premier. Il l’a récupéré à la rue du Soleil dans une maison destinée à la destruction il y a plusieurs années. « On a notre chambre à coucher en haut. Si, quand vous ouvrez les yeux au réveil, vous avez quelque chose de beau, ça donne déjà du positif. » Le beau en question, ce sont les pâturages des alentours. « S’émerveiller, c’est une sorte de gymnastique. Vous sortez devant la maison. C’est superbe la nature! »
Pas d’optimisme béat
Francis Kaufmann ne néglige pas les crises ou les conflits qui déchirent certains pays. « J’ai, comme tout le monde, lu le livre de Stéphane Hessel. J’ai compris le titre. Très accrocheur, un peu excessif. » D’où cet « Emerveillez-vous! » « Essayons de voir les choses plus agréables! » Et de se défendre de tout aveuglement. « Je ne suis pas spécialement béat » , dit-il. On en convient sans problème.
Francis Kaufmann l’écrit: « Autant l’avouer tout de suite, je fais partie des gens gâtés par l’existence, de cette classe bénéficiant du triptyque du bonheur qui peut s’énoncer comme suit: se sentir bien en famille et en société; pouvoir faire ce que l’on aime; ne pas souffrir de problèmes financiers insurmontables. »
L’homme n’a pas été qu’agriculteur. Il a exercé différents petits métiers après avoir remis le domaine à ses enfants. « Ç a m’a ouvert les yeux. J’ai rencontré beaucoup de plaisir » , dit celui qui a été notamment monteur de skis ou voyageur de commerce pour des articles de jardin. « Au début, j’avais une image négative du commis-voyageur. Après une année, j’ai pris énormément de plaisir, le côté social, la rencontre des gens. Cette immersion dans le paysage a été une expérience formidable. Vous avez des coups de blues, bien sûr, mais dans la vie il y a beaucoup de côtés positifs. »
De son opuscule, Francis Kaufmann dit qu’il est inégal. L’Univers, la nature, l’électricité, le langage, « chaque regard interpelle les gens. Peut-être pas le tout. » La nature? « Ce n’est pas récréatif. On finit par émarger à la nature. On mange, on respire. »
L’écriture, une « drogue »
Et de s’émerveiller encore: « Les activités humaines sont organisées pour la facilité de vivre. Le réseau électrique, la distribution dans les grands magasins, ça mérite qu’on le dise. » Lui, aujourd’hui, profite de la retraite. « C’est le plus beau des métiers, mais il faut avoir la bonne forme. » L’écriture? « C’est un peu une drogue des octogénaires. Des fois peut-être un peu trop. »
Lire et écrire, ce qu’il aime par-dessus tout. Mais aussi: « Quoiqu’il advienne, faisons la part des choses et sachons reconnaître les beaux côtés de la vie. Emerveillons-nous! Emerveillez-vous! C’est bon pour le moral, c’est bon pour la santé . »
Et maintenant, y aura-t-il des Emerveillés?
RAFRAICHISSANT
Une phrase retient l’attention: « Petits microbes situés entre deux systèmes sans commune mesure, nous avons la faculté inouïe de pouvoir imaginer l’invérifiable. C’est beau non? » Le bon sens paysan: c’est ce qui ressort de la lecture de l’essai de Francis Kaufmann. Emerveillement devant l’Univers, « un drôle de truc » . Emerveillement face à l’électricité, qui a bouleversé le monde. « Sa maîtrise par l’homme est un prodige. » Emerveillement toujours devant le langage, la nature, l’artisan et l’ingénieur. « Avant comme après la révolution technique, l’être humain a prouvé son savoir-faire, son intelligence. »
L’auteur ne se contente pas d’occulter les difficultés que traversent les hommes. Il voit néanmoins dans l’histoire plus de positif que de négatif. « L’homme est inventif et, tôt ou tard, il finit toujours par trouver des solutions aux problèmes qui se posent. Il est digne d’admiration. » Et Francis Kaufmann est rafraîchissant .
« Émerveillez-vous! », Editions G d’Encre, 7 francs