Le Livre sur les quais

La grand-messe des auteurs animera la ville de Morges les 7, 8 et 9 septembre prochains. Isaac Pante et Pierre Colin-Thibert font partie des invités et présenteront respectivement Je connais tes œuvres et Qu’elle était verte mon absinthe.

Horaire des événements :
Isaac Pante

dédicaces : samedi 8 septembre – 14h-17h30

dédicaces : dimanche 9 septembre – 10h-12h et 15h-17h30

Isaac Pante est par ailleurs l’invité de la Table ronde Gloire au Polar animée par Gérard Meudal, qui se déroulera dimanche 9 septembre à la Nouvelle Couronne de 13h30 à 14h45, aux côtés de Corinne Jacquet, Armel Job et Karim Miské.

Pierre Colin-Thibert

dédicaces : dimanche 9 septembre – 10h-12h et 13h30-14h30

Pierre Colin-Thibert participera à la Table ronde Histoires d’hommes, animée par Pierre Fankhauser, avec Gilles de Montmollin et Franck Pavloff, de 15h à 16h15 au rez-de-chaussée du Château.

Le Livre sur les quais

Le maître du crime est valaisan

Photographie de Loan Guyen

Sensible, cultivé, dévoreur de littérature, le jeune auteur Isaac Pante signe un polar épuré et abouti. A déguster avec un tartare sanglant.

Isaac Pante a un chien qui pourrait figurer dans un polar. Un carlin, baptisé Fergus, qui fait le mort quand on s’amuse à lui tirer dessus en imitant le bruit d’un revolver. Ça tombe bien. Son maître est justement écrivain. Mieux: à 31 ans, il prend place parmi les auteurs de polars à surveiller de près.

Avec Je connais tes œuvres, fraîchement paru aux Editions G d’Encre, Isaac Pante signe un premier roman noir sur ciel gris valaisan. Deux cents pages efficaces qui suivent le jeune inspecteur Martenat, balancé dans le village de Verney, pour élucider le meurtre d’un banquier retrouvé la tête éclatée dans un bisse.

Glauque, mais pas sordide, haletante mais jamais bâclée, l’histoire a ses mystères, ses rebondissements, ses fausses portes et, comme dans tout bon polar qui se respecte, son vieil inspecteur bourru. Tout le contraire de l’auteur. Courtois, volubile, le regard d’un bleu doux, Isaac Pante ouvre la porte de son appartement, à Echallens (VD), un sourire accroché aux lèvres. Il file aussitôt se mettre aux fourneaux, escorté par un Fergus alléché.

La cuisine, il y entre volontiers. Mais, pour des «questions de rendement», son amie étant fille de cuisinier, il lui cède volontiers la place. «C’est elle qui m’a élaboré la recette du jour. Je vais la suivre à la lettre!» dit-il en hachant menu oignon et céleri pour un tartare de bœuf.

Dans un système totalitaire comme l’armée, la philosophie ne m’a servi à rien.

Précis, efficace, minutieux, avec la lame comme avec la plume. Isaac Pante fait partie de ces auteurs qui passent plus de temps sur la réécriture que sur le premier jet. Comme Stephen King, il écrit portes fermées et relit portes ouvertes. Son manuscrit, il l’a d’ailleurs montré à son entourage, sa famille, et même à un policier valaisan, «pour être sûr que les termes judiciaires et les procédures étaient justes.» Depuis toujours, il côtoie l’intime des mots. Enfant, il se voyait philosophe. «Les bouquins de philo, je ne lisais que ça, avec des livres de jeux de rôle. C’était ma seule activité avec le curling.» C’est qu’à l’âge où les enfants jouent encore aux billes, lui, il dévore les grands auteurs. Nietzsche, Schopenhauer, Platon. Des auteurs réconfortants, tranquillisants à un moment de sa vie où la mort le terrorise. Une échappatoire à un quotidien difficile, entre les deux pans rocheux de Saint-Maurice. «J’étais un petit garçon assez doux, mais qui n’a pas eu le temps d’être petit très longtemps.» Un père schizophrène, une famille éclatée et puis la vie en symbiose avec sa mère, dans une bulle surprotectrice.

Mais, coup de théâtre à 20 ans, l’école de recrues fait exploser ses certitudes. «Dans un système totalitaire comme l’armée, on est embrigadé et la philosophie ne m’a servi à rien.» De ces mois de troubles émotionnels et de crise identitaire, il en tire des notes, des phrases comme des bouées. Et en sort un livre, Passé par les armes (Ed. Pillet, 2005), une réflexion sur l’autorité à la Max Frisch, qui trouve un bel écho. «Pour moi, c’était un témoignage, pas encore de la littérature.» Dans la foulée, il participe à deux concours de nouvelles, décroche le Prix Femina avec Madame Moriand, un récit tout en fine mélancolie. Et la machine est lancée: écrire, voilà ce qui constituerait désormais l’ossature de ses jours.

«Comme je ne connaissais rien en romans, je suis parti à la recherche des textes, des maîtres de la littérature.» Pendant sept ans, il lit, défriche, passe de Dürenmatt à McCarthy, dévore Coetze, Dostoïevski. Il découvre Hemingway à Cuba et ne le lâchera plus. Comme lui, il ne veut utiliser que «des mots à moins de 5 dollars», vise l’économie de moyens et un vocabulaire simple. «J’aime les livres qui ne dépassent pas trois cents pages, des textes avec peu de personnages, plutôt minimalistes. J’ai vraiment besoin de déplumer le corbeau!»

Un genre littéraire qui s’est naturellement imposé à lui

Le choix du polar s’est fait presque par défaut. «Considéré encore comme de la basse littérature, il me semblait plus accessible, moins intimidant pour un premier livre. Mais les questions de genre ne sont qu’un faux découpage. Peut-être que l’histoire d’Œdipe, c’est le meilleur polar qui ait été fait!» Tant mieux. Ce genre, encore sous-représenté dans la littérature suisse, lui va comme un gant. Parce qu’il y apporte une sensibilité neuve, épingle en quelques traits les paysages valaisans et l’âme humaine.

Une fois inspiré,  Isaac Pante peut écrire partout!

Des rituels d’écriture? Il hésite, réfléchit. Il y a bien une vieille cabane de l’autre côté de la route, presque au fond du jardin, où il pensait installer son atelier. Poutres moussues, âtre noirci, odeur de fumée âcre imprégnée dans les murs. Mais l’endroit, trop humide pour y travailler, s’est avéré parfait pour y organiser des fêtes. Non, Isaac Pante n’a pas d’heure ni de lieu pour écrire. Juste un ordinateur. «Quand je décide de m’y mettre, ça vient.» Et quand ça ne vient pas, il pioche dans sa bibliothèque, «comme une mise en bouche dans ces livres qui sont aussi sa boîte à outils».

Entre deux intrigues, il continue de donner des cours en informatique à l’Université de Lausanne, de tenir son rôle de coordinateur académique et s’est promis de terminer sa thèse sur les pompes funèbres. Encore la mort. Qu’il a approchée pendant six mois, pour la circonstance, de la levée des corps à la préparation des défunts. «Oui, il y a chez moi une fascination de la mort. Mais aujourd’hui, je suis en paix avec elle.»

Un nouveau polar entre Vaud et Valais

Sûr qu’Isaac Pante ne prend pas la posture de l’écrivain. Veut juste renouer avec le plaisir de vivre. Et d’écrire. «Il y a une continuité entre les deux. L’écriture me pousse à vivre et la vie nourrit l’écriture. La littérature, c’est mon coup de volant, une façon de sortir de la longue route tranquille.» Le prochain coup de volant est prévu: un polar vaudois-valaisan dont le scénario est déjà bouclé. Mais, promis, il ne laissera pas passer sept ans, cette fois!

 

Article publié dans l’édition MigrosMagazine 29, le 16 juillet 2012, par Patricia Brambilla

La recette proposée par Isaac Pante : Le tartare de boeuf d’Hérens

Je connais tes œuvres d’Isaac Pante, Editions G d’Encre, 2012, ISBN 9782940501021, CHF 26.-

 

Entre les lignes 2 (Isaac Pante)

Isaac Pante sera l’invité demain, entre 11h et 12h, de Catherine Fattebert sur Espace 2 pour parler de Je connais tes œuvres, son premier polar publié dernièrement aux Editions G d’Encre.

La page de l’émission Entre les lignes ou vous pourrez dès midi réécouter l’émission.

Je connais tes œuvres d’Isaac Pante, Editions G d’Encre, 2012, ISBN 9782940501021, CHF 26.-

 

Par Lucien Christe

Isaac Pante s’est fait connaître en 2005, année qui l’a vu publier son témoignage « Passé par les armes », ainsi que deux nouvelles dont l’une lauréate du Grand-Prix Femina-Cartier. Sept ans plus tard, le Montheysan nous revient avec un polar dont l’intrigue se déroule en valais : « Je connais tes œuvres ». une trame bien enlevée sur fond psychologique 46 littéraire aussi sombre que convaincant.

« C’est vrai depuis cette année 2005 particulièrement dense, je n’ai plus rien publié jusqu’à aujourd’hui », explique Isaac Pante. Alors exclusivement passionné par la philosophie, le Montheysan confesse avoir dû se forger une culture littéraire.  « Je voulais être à la hauteur des réactions positives suscitées par mes premiers textes: il m’a fallu prendre le temps de trouver mes références. » Parallèlement, Isaac Pante poursuit ses études, obtient une licence ès Lettres (philosophie, linguistique, informatique), se lance dans une thèse et assume différente fs fonctions au sein de l’Université de Lausanne (chargé de cours, coordinateur académique…). Avec ces années, il prend un peu ses distances avec la philosophie, affine ses goûts littéraires et découvre avec enthousiasme la littérature américaine ainsi que son rapport particulier à l’écriture.

Le polar pour un « retour aux affaires » réussi

« Aujourd’hui, j’ai atteint une certaine maturité par rapport au matériau textuel », souligne l’écrivain. le style du polar, plus décomplexé, offre à Isaac Pante une liberté langagière bienvenue. « Depuis des années, je conçois des scénarios pour des jeux de rôles, je me suis simplement dit : « Fais ce que tu aimes… » ça m’a permis de diminuer la tension cognitive. » En guise d’hommage, le Montheysan choisit de développer son intrigue en valais mais laisse planer le mystère en écho aux faux-semblants qui truffent son livre. Sion et Savatan sont ainsi mentionnées, on déduit l’existence de St-Maurice mais le district – Sartan – et le village – Verney – sont imagés… de n ombreux nom de gargotes et le caractère typique des personnages résonnent également comme un hommage au Vieux-pays.

L’ombre de Jacques Chessex…

L’une des sources de ce livre est à trouver dans la nouvelle Un Juif pour l’exemple (Grasset, 2009) de l’écrivain vaudois Jacques Chessex. « Je dois avouer avoir été scandalisé par la récupération de cette sombre histoire à des fins mercantiles », appuie Isaac Pante. « Voir Chessex, dans une posture de mater dolorosa, lancer une grande foire culpabilisatrice contre Payerne pour une histoire vieille de 70 ans m’est alors apparu comme une prostitution de la morale très négative. » C’est donc à la croisée de la recherche du plaisir littéraire et du mécontentement causé par le texte de Chessex qu’est né le très réussi Je connais tes œuvres. De bout en bout, comme un fil rouge en filigrane de l’intrigue, des références littéraires ponctuent le récit. Certes nombreuses mais toujours cohérentes, elles donnent à ce premier polar – qui pourrait en appeler d’autres – une double dimension qui honore le genre. A découvrir…

 Je connais tes œuvres d’Isaac Pante, Editions G d’Encre, 2012, ISBN 9782940501021, CHF 26.-

in Le Vendredi, le 15 juin 2012

Isaac Pante en dédicace

Isaac Pante dédicacera son dernier ouvrage Je connais tes oeuvres  prochainement à Lausanne et Monthey…

Alors n’hésitez plus une seconde à lire ce polar captivant et plein de surprises !

 

Et si vous voulez en savoir plus, voilà  ce que Bernadette Pidoux en dit dans Unil Actualités :

Isaac Pante, son premier roman noir

Chargé de cours, doctorant à la Faculté des lettres, Isaac Pante se révèle sous un autre jour, en signant son premier roman policier intitulé « Je connais tes oeuvres ».

Un banquier genevois à la retraite est découvert, mort, dans un bisse valaisan. Accident ou meurtre ? Deux flics vont enquêter : un jeune loup enthousiaste, tout juste sorti de l’école de police, Jocelyn Martenat, et un vieux briscard désabusé, Michel Barbey. Deux hommes, deux styles. Face à eux, deux hommes puissants, un banquier et un écrivain de renom venus s’isoler dans un trou paumé.
Suspense, rebondissements, jeux de pouvoir et penchants sordides, Isaac Pante mène le bal avec brio, visiblement à l’aise avec les grands classiques du genre. Il s’amuse aussi avec les références littéraires romandes ou plus lointaines – Truman Capote entre autres.
Chargé de cours en sociolinguistique et à la section d’informatique et méthodes mathématiques, il a cet amour des mots et de la formule qui fait mouche. Maniant volontiers l’ellipse, il déstabilise son lecteur avec un art consommé. Des maths, il conserve la précision qui fait de son récit une mécanique rigoureuse.
Et puis il y a le Valais, que le jeune Montheysan connaît si bien et qui donne une toile de fond savoureuse et crédible à l’ensemble.
Isaac Pante a dû pour quelque temps mettre son doctorat en linguistique entre parenthèse. Son sujet ? Rien de moins que le discours autour du défunt dans le cadre des pompes funèbres…

A lire : « Je connais tes oeuvres», par Isaac Pante, éditions G d’Encre.

Isaac Pante signera son livre chez Payot à Lausanne le mercredi 20 juin de 16h30 à 18h, ainsi qu’à Monthey à la librairie « A l’ombre de jeunes filles en fleur » le 22 juin entre 16h30 et 18h.