L’ouvrage Manufacture, qui sort cette semaine au Swiss Creative Center et en fin de semaine prochaine en librairie, a été l’heureux élu du comité de lecture, et a reçu le Prix Gasser 2014. Voici le discours qui a introduit la remise du Prix.

 

 

Mesdames, Messieurs, chers amis,

Parmi les différentes œuvres qui ont été retenues pour le choix du Prix Gasser, œuvres toutes intéressantes, appelées à être publiées, le comité de lecture, après de longues réflexions et intenses discussions, a décidé de primer : MANUFACTURE de Xavier Comtesse.

Immédiatement il faut souligner l’originalité de ce Prix. MANUFACTURE n’est pas un livre comme les autres. C’est ce qui a troublé, puis captivé et séduit le comité.

D’abord je dirai quelques mots sur sa forme. Le livre, d’une certaine manière, réalise le titre qui est le sien : MANUFACTURE. Il est en effet au sens littéral manufacturé et demande une manipulation particulière. Concrètement, le livre n’est pas relié, mais appartient à un genre particulier : le genre appelé Leporello, qui désigne un livre plié et non relié. Leporello, vous avez déjà entendu ce nom je suppose, c’est celui du valet de Don Juan. Le brave Leporello, déplia une longue, une interminable liste à Donna Elvira, la liste des conquêtes de son maître. Le livre se présente ainsi comme une longue feuille de 13 mètres 20 nécessitant quelques collages et pliée en accordéon. Cela signifie que la lecture s’opère par dépliage, au rythme de son envie, dépliage qui donne à la fois de la linéarité et du rythme entre texte et illustration. En un mot la forme du livre, et donc de sa lecture, varie grandement si je le lis debout dans un bus ou, pourquoi pas ? munie d’une trottinette, dans les longs couloirs d’une manufacture de Haute horlogerie des Montagnes neuchâteloises. Le choix d’une telle forme a été fait en accord avec l’auteur dans la mesure où elle implique autant l’usage des machines les plus récentes (dont il traite dans son ouvrage) que le recours à des techniques manuelles (assemblage, collage) qui renvoient aux premières heures de l’édition. Et ce résultat n’a pu être obtenu que par un large travail d’équipe. Travail impliquant bien sûr et en premier lieu l’auteur, M. Xavier Comtesse, mais aussi les photographes, les contributeurs issus du monde de la recherche, de l’industrie, de la culture et de la formation et bien sûr l’équipe polyvalente des Editions G d’encre.

Cela nous donne la transition vers le contenu, le fond comme on dit aussi, de l’ouvrage. Le livre a pour titre « MANUFACTURE », je l’ai déjà dit. Arrêtons-nous quelques instants sur ce terme au sens riche. Il désigne ce qu’on peut appeler le « faire avec la main », acte productif originel, tout autant qu’un procédé industriel référé aux machines qui tournent dans les usines appelées précisément « manufactures ». Sans aller dans trop de détail : ce qui intéresse l’auteur, c’est bien sûr la situation actuelle de l’industrie et de l’économie dans nos régions, situation actuelle envisagée dans une perspective, une vision même d’avenir, absolument nécessaire au développement, et même à la survie de l’activité économique. Comme Xavier Comtesse l’a dit dans une interview à l’Impartial, à propos des changements souvent imprévus parfois surprenants et du fait que rien n’est assuré à long et même à court terme. « La crise du quartz est arrivée d’un seul coup, l’industrie de la fourrure a disparu en cinq ans ». Ce n’est pas nouveau, je cite un exemple loclois : l’arrivée au Locle du chemin de fer au milieu du 19e siècle, a entrainé en quelques mois l’abandon des activités industrielles du Doubs et le reboisement de ses côtes. Entraînant une inversion des zones d’activités liée à une nouvelle source d’énergie : le charbon. Bien que ces phénomènes de mutation soient constants, nous avons une fâcheuse tendance à les oublier. Et c’est un des buts majeurs de cet ouvrage de nous éveiller aux changements qui nous attendent impatiemment et qui seront au moins aussi importants, sinon plus, que ceux du passé.

L’ouvrage commence d’ailleurs par un bref historique de l’évolution industrielle. Il décrit ensuite plus profondément la situation actuelle, Mais surtout il établit un inventaire des nouvelles technologies, notamment liées au monde du numérique et de l’information, qui vont, ces prochaines années, entrainer des modifications majeures dans le travail, c’est-à-dire autant dans le management d’entreprise, dans la gestion de projet que dans l’ensemble du processus productif, c’est-à-dire dans la chaine de production qui est appelée à être renouvelée radicalement. Le texte est enrichi de multiples exemples, trouvés dans la région ou ailleurs, allant de l’invention géniale de ce pourtant si simple objet qu’est la girolle… jusqu’aux incroyables imprimantes 3D, en passant par la Swatch et bien d’autres produits au succès indiscutable. Tout cela ne doit pas être compris qu’en termes de production d’objets, mais comme des mouvements de société. L’industrie du futur impliquera en effet une redistribution des rôles de tous les acteurs. Cela se traduit dans le texte par l’usage fréquent du préfixe « co » comme dans co-concepteurs, co-créateurs, co-producteurs, l’utilisateur final devenant un consom’acteur.

Les définitions des rôles, des compétences, des modalités de production sont appelées à vivre des mutations importantes, cette évidence a déjà été dite. Ignorer cela pourrait entrainer l’assèchement de notre tissu industriel, pourtant à ce jour reconnu et envié.

C’est dire l’importance de l’ouvrage primé. MANUFACTURE s’adresse bien sûr aux acteurs du monde industriel, mais aussi à la jeune génération qui se tient devant tous les défis décrits par Xavier Comtesse et enfin à un public très large dans la mesure où les changements à venir toucheront chacun jusque dans sa vie de tous les jours.

Le comité félicite donc Xavier Comtesse de son ouvrage. Il le remercie de la confiance qu’il a accordé aux éditions G d’Encre et vous invite tous, Mesdames et Messieurs, à entrer dans cette belle MANUFACTURE et dans les riches réflexions qu’elle abrite.

Manufacture / Xavier Comtesse – Editions G d’Encre, 2014 – Leporello 120 pages
ISBN 978-2-940501-31-1
CHF 78.-

www.manufacturethinking.ch

 

ENJOY !

Mon job et moi !

Dans quelques jours commence la grande exposition des métiers à la Chaux-de-Fonds : Capa’cité 2012

A cette occasion, les apprenties polygraphes de Gasser Media participeront activement à la manifestation, en renseignant les jeunes visiteurs sur le métier qui sera bientôt le leur.

Vous pouvez déjà découvrir Joyce, qui est l’invitée de ce petit reportage !

Le livre qui n’a pas de titre…

Un gros buzz médiatique agite le net depuis un mois : la maison d’édition argentine Eterna Cadencia a mis sur le marché un livre dont le texte s’efface au bout de deux mois, grâce à une encre qui s’altère au contact de l’air.

Cette prouesse technologique a deux buts avoués : faire concurrence aux livres électroniques et promouvoir les jeunes auteurs en obligeant les lecteurs à lire le livre une fois l’emballage qui le scelle ouvert.

Or, s’il y a bien un aspect du livre papier qui concurrencera toujours le livre électronique, c’est la pérennité de celui-ci par rapport à une tablette qui peut être fragile et qui nécessite de l’électricité, et aussi vis-à-vis des contenus dont les formats évoluent, deviennent obsolètes, sont équipés de DRM qui entravent le partage des textes, etc. Un livre, ça se prête, ça donne, ça se relit, et on y a toujours accès, même au fin fond d’une cabane à la lueur d’une bougie.

Il y a aussi l’aspect « consommation » qui pose problème : acheter de manière consciente quelque chose qui ne sera plus utile deux mois plus tard est sidérant. Imaginez que tous les livres soient imprimés avec ce procédé… Très vite, on aura l’impression de se retrouver dans un joli décor digne d’un magasin Ikea.

Cette maison d’édition a réussi un gros coup marketing : elle  a fait parler d’elle dans le monde entier depuis début juillet, pourtant le but ne me semble pas atteint. Il a fallu des recherches très approfondies et lire plusieurs articles pour connaître le contenu de ce livre.

Et une fois le vrai titre connu, il y a très peu d’actualités à ce sujet depuis début juillet. Donc les gens n’ont acheté ce livre que pour le côté « curiosité » ou « collection » et n’ouvriront jamais le sachet ou ils n’ont pas encore pris le temps de le lire. Quoiqu’il en soit, cela n’améliore guère la visibilité des jeunes auteurs.

Pour terminer, l’idée d’un livre dont le texte apparaîtrait comme par magie stimule bien plus mon imagination et me rappelle quelques mixtures d’apprenti-sorcier ainsi que de bien belles lectures !

PS : pour les curieux, ce livre contient neuf nouvelles et s’intitule El futuro no es nuestro

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